[Le Fil] Une opposition morcelée à l’Assemblée Nationale est-elle mauvaise pour la démocratie ?

Suite aux dernières élections législatives, il existe sept groupes parlementaires à l’Assemblée Nationale :

  • La République En Marche : 308 députés
  • Les Républicains : 98 députés
  • Les Républicains et centristes “constructifs” : environ 50 députés
  • MoDem : 45 députés
  • Socialiste : 29 députés
  • La France Insoumise : 16 députés
  • Communistes : 11 députés communistes et 4 députés ultra-marins

Un huitième groupe situé à l’interface du Parti Socialiste et de La République En Marche pourrait également voir le jour, le Parti Socialiste étant divisé sur l’attitude à adopter face au Gouvernement.

Le fait de disposer d’un groupe à l’Assemblée Nationale permet d’avoir davantage de moyens et davantage de temps de parole. Dit autrement, lorsqu’un parti parvient à constituer un groupe, il peut davantage peser au sein de l’hémicycle.

Il faut quinze députés pour disposer d’un groupe. N’en n’ayant que huit, le Front National n’a par exemple pas été en capacité d’en créer un.

Quoi qu’il en soit, un tel nombre de groupes parlementaires est inédit sous la Cinquième République. Et dans la mesure où les groupes LREM, MoDem et Républicains et centristes constructifs peuvent être considérés comme appartenant à la majorité, est-ce que la dispersion ne risque pas de poser un problème de vitalité démocratique ?

Voici ce qu’en dit Olivier Rozenberg, Professeur associé en sciences politiques à Sciences-Po dans une interview au Monde :

L’opposition a un droit à la parole important qui lui permet de critiquer le gouvernement et de dire autre chose que la « vérité officielle » du pouvoir. Des points de vue, des forces et des personnalités différentes vont pouvoir s’exprimer. Par ailleurs, plus il y a de groupes d’opposition, plus il y a d’énergie et de stratégies possibles pour déposer des amendements, des questions de procédure…

La réforme constitutionnelle de 2008 a facilité la demande de création de commission d’enquête et de mission d’information par l’opposition. Avec beaucoup de groupes, celles-ci vont se multiplier et donc les activités de contrôle vont être plus importantes. On peut imaginer, par exemple, une commission d’enquête sollicitée par La France insoumise sur les conséquences de la loi El Khomri. On a vu avec la commission sur l’affaire Cahuzac que celles-ci pouvaient être très médiatisées. Cela va gêner le pouvoir. Voilà les germes pour un Parlement où il peut se passer des choses, qui peut contrôler l’action du gouvernement et mener la controverse. A condition que les élus s’y investissent.

Mais il est également possible que le morcellement à l’Assemblée pose des difficultés :

A l’inverse, l’opposition peut perdre de la puissance de certaines de ses prérogatives en étant divisée. Une journée par mois, l’un des groupes non majoritaires décide de l’ordre du jour. Avec six groupes minoritaires et d’opposition, ce rendez-vous reviendra donc moins fréquemment pour chacun. De même, les places pour l’opposition en commission mixte paritaire (qui tranche en cas de désaccord entre l’Assemblée et le Sénat) seront moins nombreuses et donc certains groupes seront privés de parole lors de ces arbitrages importants.

Au final, j’ai le sentiment que les deux hypothèses proposées par le chercheur sont toutes les deux possibles. Il faudra donc voir pour trancher dans un sens ou dans l’autre. Et je trouve à cet égard que le titre de l’article du Monde est trompeur, puisque l’avis émis par le chercheur interviewé est plus nuancé que suggéré dans le titre.

« La division de l’Assemblée nationale est plutôt un signe de vitalité démocratique »

Pour le politologue Olivier Rozenberg, plus il y a de groupes d’opposition à l’Assemblée, plus le contrôle du gouvernement peut s’opérer.

Source : www.lemonde.fr/politique/article/2017/06/23/la-division-de-l-assemblee-nationale-est-plutot-un-signe-de-vitalite-democratique_5149924_823448.html

[Le Fil] Pourquoi le Front National a-t-il perdu l’élection ?

Intéressant article du Washington Post (en anglais, donc), qui s’interroge sur les causes de l’échec du Front National en France – là où Donald Trump et le Brexit ont précédemment triomphé1.

Les principaux arguments sont les suivants2 :

  • la France a déjà connu un gouvernement d’extrême-droite (le régime de Vichy) et n’a pas oublié ses aspects négatifs (notamment la déportation et la discrimination des juifs). Or, le Front National reste encore largement perçu comme un parti d’extrême-droite
  • bien qu’en croissance, les inégalités dans la société française sont moins importantes qu’au Royaume-Uni et aux États-Unis, ce qui permet de contenir le ressentiment d’une partie de la population (en général averse à l’inégalité – mon ajout), moins attirée par les extrêmes
  • sur le terrain du populisme économique, le Front National est en concurrence avec la France Insoumise. Aux États-Unis par exemple, Donald Trump était opposé à Hillary Clinton, qui n’est pas une populiste. De fait, il y a un “partage” de l’espace politique entre un populisme d’extrême-droite et un populisme d’extrême-gauche qui ne sont pas nécessairement compatibles
  • malgré les (nombreuses) attaques terroristes dont le pays a été victime, peu ont adhéré à l’idée selon laquelle le terrorisme islamiste serait un co-produit de l’islam

Je pense qu’il y a matière à réflexion. Je suis assez d’accord avec le premier argument, qui est peut-être l’aspect le plus important (en lisant le titre de l’article, j’ai immédiatement pensé à cette explication historique). Le deuxième et le quatrième me paraissent également intéressants. Sur le troisième, la réalité d’une concurrence politique partielle entre le Front National et la France Insoumise sur certains thèmes me paraît claire (elle est d’ailleurs revendiquée par la France Insoumise), mais je suis gêné par le terme de “populiste”, qui me paraît 1) péjoratif 2) souvent mal défini3.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Why the populists didn’t win France’s presidential election

People were looking for change, but not the kind offered by Marine Le Pen.

Source : www.washingtonpost.com/world/europe/why-the-populists-didnt-win-frances-presidential-elections/2017/05/08/061b5930-3023-11e7-a335-fa0ae1940305_story.html