[Le Fil] L’incendie de la Grenfell Tower de Londres probablement causé par son isolation thermique

Vous avez certainement vu passer dans les nouvelles récemment le dramatique incendie de la Grenfell Tower de Londres. Au moins 30 personnes sont décédées, et les autorités s’attendent à un bilan beaucoup plus élevé (de l’ordre de la centaine de morts).

L’incendie a vraisemblablement pris au 4ème étage, avant de se propager vers le haut de la tour, jusqu’à consumer la quasi-totalité de ses étages supérieurs. Matt Wrack, secrétaire général des Fire Brigades Union1, a notamment déclaré : “Je n’ai jamais vu un feu engloutir un bâtiment tout entier de cette manière en plus de trente ans de carrière2.

La raison à une telle propagation de l’incendie est vraisemblablement à chercher du côté d’un nouveau bardage, récemment installé sur la façade extérieure de l’immeuble pour mieux l’isoler thermiquement – et ainsi augmenter son efficacité énergétique. Comme il s’agit d’un bardage, il existe un espace entre ce dernier et le mur à proprement parler. Le problème est que cet espace a servi de cheminée, permettant au feu de se propager d’un étage à l’autre en remontant. Dangereux, ce type de bardage est par exemple interdit aux États-Unis.

Contrairement à ce que certains disent, je ne pense pas que ce soit le fait de vouloir isoler les bâtiments qui soit directement en cause dans cet incendie ; plutôt le fait que, parfois, une telle isolation est réalisée avec une parfaite inconscience.

[The Stream] Grenfell Tower fire probably caused by climate change retrofitting of the building – The Signal in English

Ryan Maue on Twitter about the Grenfell Tower fire: “Sadly, Grenfell Tower fire blamed on “green energy” or climate change retrofitting to outside covering of building”. I would rather say the fire has been caused by blind/senseless climate change retrofitting.

Source : en.thesignal.info/2017/06/stream-grenfell-tower-fire-probably-caused-climate-change-retrofitting-building.osc

[Le Fil] Donald Trump, James Comey et la question de la loyauté

Donald Trump a-t-il renvoyé le directeur du FBI pour s’éviter une enquête sur de possibles liens entre sa campagne et la Russie ? À ce stade, c’est très difficile à dire – et si vous voulez faire le point sur cette affaire, je vous propose cet article publié hier.

Toutefois, à la lecture de l’article du Washington Post que je vous partage ici, un sentiment émerge… Bien évidemment, il ne s’agit en aucune façon d’une preuve, et encore moins d’une démonstration. Plutôt d’une intuition.

Manifestement, Donald Trump a demandé à James Comey de la loyauté : “j’ai besoin de loyauté, j’attends la loyauté3. Et les nombreuses apartés (souvent gênantes) qu’il a essayé d’avoir avec James Comey laissent à penser qu’il a essayé de faire passer ce message de manière plus ou moins subtile.

Cette demande de loyauté, certainement inappropriée d’un Président au directeur (supposément indépendant) du FBI, n’est probablement pas illégale. Et elle illustre bien la manière dont Donald Trump s’entoure : il se comporte comme un chef de meute, et il attend de son entourage une loyauté sans faille2. Dans cette affaire, la question d’être compétent ou non pour rester dans l’équipe est secondaire. Tous ces points sont des caractéristiques de son management qui ont déjà été largement commentés.

Et donc mon sentiment : il est que Trump a renvoyé James Comey car celui-ci a résisté à ses appels à la loyauté. Que le Président demande au directeur du FBI d’être loyal est inapproprié mais pas illégal ; que le directeur du FBI fasse allégeance au Président, c’est vraisemblablement une toute autre paire de manches… Et la question de savoir si Donald Trump a effectivement conspiré avec la Russie n’est que secondaire dans cette analyse.

Une fois de plus, j’insiste sur le fait qu’il s’agisse d’une intuition. Mais une deuxième intuition (décidément !) me dit que nous saurons bien assez vite si elle est fondée ou non…

James Comey testifies: Former FBI director says he helped reveal details of conversations with Trump

The Senate Intelligence Committee hearing has focused on the president’s repeated requests for loyalty.

Source : www.washingtonpost.com/world/national-security/comey-testimony-trump-senate-hearing/2017/06/07/afadf87c-4bd0-11e7-bc1b-fddbd8359dee_story.html?hpid=hp_hp-top-table-main_comey-845a-blurb:homepage/story

[Le Fil] Cela a-t-il un sens d’essayer de savoir ce que Donald Trump “pense vraiment” ?

Donald Trump est, à tout le moins, un personnage singulier. Changeant d’avis comme de chemise, il est souvent difficile à suivre. Il prétend ainsi avoir toujours été contre la (seconde) guerre en Irak, alors que personne n’a jamais trouvé de traces d’une telle opposition ; il peut déclarer que ne pas payer d’impôts “fait de [lui] quelqu’un d’intelligent3 pour, moins d’une heure après, jurer la main sur le cœur qu’il n’a jamais rien dit de tel. Et ainsi de suite.

Son comportement erratique trouble, et interpèle. Les médias américains en particulier, se sont longuement frotté la tête pour savoir comment traiter le rapport tout particulier de Donald Trump avec la vérité. Pendant la campagne, des hordes de fact checkers ont mis en évidence ses approximations et mensonges, manifestement sans grande efficacité. Mais cela a-t-il un sens de dire que Donald Trump “ment” ?

C’est tout le point de cet article (en anglais), publié le 29 septembre 2016 (avant l’élection, donc). L’argumentaire de David Roberts est le suivant : le langage a deux fonctions principales, d’un côté porter du sens, dire le monde, de l’autre servir d’outil dans nos interactions sociales. Or, d’après Roberts Donald Trump n’utilise que le second aspect du langage. Plus exactement, Donald Trump voit le monde comme un perpétuel jeu à somme nulle : si quelqu’un gagne quelque chose, c’est que quelqu’un aura forcément perdu quelque chose. Pour lui, il y a donc nécessairement des gagnants et des perdants2. Et il faut bien évidemment toujours être du côté des gagnants.

Toujours selon Roberts, Donald Trump utilise le langage comme instrument de domination, c’est-à-dire comme un outil pour essayer de toujours gagner. C’est pour cela qu’il a eu autant de procès lors de sa carrière d’entrepreneur : ne percevant pas le caractère “substantif” d’un contrat, qui lie deux (ou davantage) parties entre elles, il l’utilise pour emporter la négociation coûte que coûte – toujours avec cette obsession de ne pas être du côté des perdants. Une fois conclus, il ne se considère pas comme lié à la partie avec laquelle il vient de contracter3.

Pour toutes ces raisons, Donald Trump ne pourrait pas mentir – car le concept-même de vérité lui est étranger. Et donc, essayer d’identifier “ce qu’il pense vraiment” serait une erreur de logique, une erreur de catégorisation en l’occurrence : puisque la plupart des hommes et femmes politiques (des humains ?) ont un avis sur telle ou telle chose, Donald Trump a lui aussi un avis sur telle ou telle chose. Or, même s’il est vrai que la quasi-totalité des hommes et femmes politiques ont bien un avis sur telle ou telle chose, cela ne prouve pas que ce soit le cas de tous. Et donc, peut-être que Donald Trump n’a tout simplement pas d’avis sur telle ou telle chose.

Je dois dire que l’argumentaire est intéressant, car je partage l’idée que Donald Trump ne “ment” pas à proprement parler – ce qu’il fait est autre chose. Et l’idée qu’il utilise le langage comme seul outil de rapport de force paraît cohérente. Promettre de “mettre Hillary Clinton en prison” pendant l’un des trois débats est un moyen d’établir un rapport de force (avec Hillary Clinton pendant le débat4). Dire que le New York Times est “en faillite5 est un moyen d’établir un rapport de force (avec le New York Times, qui l’a beaucoup critiqué pendant la campagne 6). Appeler les médias tradtionnels “fake news” (ce qu’ils ne sont pas) est un moyen d’établir un rapport de force (avec les médias traditionnels7). Hurler sur le Premier Ministre australien par téléphone puis lui raccrocher au nez en apprenant l’existence d’un centre de réfugiés que les États-Unis se sont engagés à accueillir est un moyen d’établir un rapport de force (avec les décideurs australiens, Premier Ministre en tête8). Se vanter d’avoir des renseignements (classifiés) de première qualité sur Daech en les révélant aux Ministre des affaires étrangers et à l’ambassadeur russes est un moyen d’établir un rapport de force (face au Ministre des affaires étrangères et à l’ambassadeur russes9). Annuler la visite d’un site israélien classé au Patrimoine mondial de l’Humanité car les israéliens refusent que son hélicoptère s’y pose pour protéger le site (et alors qu’il existe un téléphérique pour s’y rendre) est un moyen d’établir un rapport de force (avec le gouvernement israélien 10). Et ainsi de suite.

De fait, je rejoins assez l’un des journalistes du Wall Street Journal qui déclarait en janvier (donc quelques mois après la publication de l’article que je discute ici) qu’il ne fallait pas traiter les choses fausses que dit Donald Trump comme des mensonges.

Toutefois, si l’hypothèse proposée par Roberts tient la route (et je pense que c’est le cas), cela interroge. Car Donald Trump tente d’établir des rapports de force pour tout et n’importe quoi. Pour cette raison, il a tendance, me semble-t-il, a dilapider son (bien maigre) capital politique, comme semble le suggérer la baisse continue de sa popularité dans les enquêtes d’opinion. Cela n’est certainement pas idéal pour gouverner, aussi bien nationalement qu’à l’international. Et puis, il y a la question de la prévisibilité, et du risque de manipulation : certains interlocuteurs seraient tentés de vouloir “jouer” avec ce mode de fonctionnement pour faire aller Donald Trump dans un sens qui leur est favorable.

Dans tous les cas, il ne s’agit pas de porter un jugement sur le Président des États-Unis, mais plutôt d’essayer de comprendre ce qu’il se passe. Et j’espère vous avoir convaincu que cet article que je vous propose a de très intéressantes hypothèses à proposer – et qu’il mérite d’être lu.

The question of what Donald Trump “really believes” has no answer

He does not have beliefs as such.

Source : www.vox.com/2016/9/29/13086236/trump-beliefs-category-error

[Le Fil] Pourquoi certains malades recourent-ils au suicide assisté ?

La question du suicide assisté est un débat de société récurrent. L’enjeu est de permettre à des personnes atteintes de pathologies graves et incurables de décider elles-mêmes de leur propre mort11, et ainsi de s’éviter de terribles souffrances physiques et mentales.

Toutefois, pourquoi les personnes qui font appel au suicide assisté décident-elles de mettre fin à leurs jours ?

Intuitivement, on est tenté de penser que s’éviter des souffrances physiques est la principale raison de la décision du patient. Toutefois, une étude publiée le 24 mai suggère que ce sont plutôt des facteurs psychologiques qui influent la décision.

Au cours d’une enquête réalisée par des psychiatres sur 74 patients ayant décidé de se donner la mort dans un cadre médicalisé au Canada (où c’est légal) entre mars 2016 et mars 2017, il semble plutôt que le motif principal poussant au suicide était la volonté de conserver une forme de contrôle sur son existence, plutôt que laisser la maladie “décider” de tout.

Voici ce qu’en dit Madeline Li, professeur associée à l’Université de Toronto citée par le Washington Post2 :

C’est ce que j’appelle une détresse existentielle. La qualité de vie [des patients] n’est pas celle qu’ils désirent. Ils sont très souvent éduqués et riches – des gens ayant eu l’habitude d’avoir du succès et du contrôle sur leurs vies, et c’est ainsi qu’ils veulent que leur mort soit.

L’article en lien (en anglais) étoffe très largement les circonstances psychologiques et le profil des personnes qui décident de recourir au suicide assisté.

Chacun-e se fera librement son avis sur l’opportunité de légaliser ou non le suicide assisté. Mais quel que soit l’avis que l’on se forge (si tant est que l’on s’en forge un), il me semble toujours fondamental d’avoir toutes les cartes en main avant de se décider. C’est en cela que vulgariser les sciences est une nécessité absolue – qu’il s’agisse de médecine, d’économie de toute autre discipline.

It’s not pain but ‘existential distress’ that leads people to assisted suicide, study suggests

Psychological rather than physical suffering is the main reason people give for seeking to end their lives.

Source : www.washingtonpost.com/news/to-your-health/wp/2017/05/24/its-not-pain-but-existential-distress-that-leads-people-to-assisted-suicide-study-suggests/