[Grand Format] Hans Rosling est décédé : mon hommageTemps de lecture ≈ 4 min.

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Triste nouvelle : Hans Rosling, professeur de santé publique et grand vulgarisateur des sciences humaines et sociales, est décédé le 7 février 2017. J’aimerais lui rendre hommage.


L’information a été donnée sur le compte Twitter de Gapminder, la fondation créée par Hans Rosling pour promouvoir ses activités de vulgarisation.

Sad to announce: Hans Rosling died in Uppsala this morning.

Hans Rosling est devenu célèbre pour s’être lancé, à partir de 2007, dans une carrière de vulgarisateur scientifique dont l’ambition était de montrer l’état réel de nos sociétés à l’aide des statistiques. Car comme il le dit dans cette interview (décapante) qu’il a donné en 2012 sur une chaîne de télévision danoise, les médias sont notoirement (et structurellement, c’est moi qui l’ajoute) incapables de rendre fidèlement compte de l’état du monde1.

Lien direct vers la vidéo

En revoyant cette vidéo aujourd’hui, je réalise à quel point The Signal est un héritier direct de cette tradition initiée par Hans Rosling. Car ma démarche est strictement la même : je pars du constat que les médias sont incapables de parler correctement d’économie et de politique2, et The Signal a pour ambition de proposer une alternative mieux documentée, plus modeste et moins sensationnaliste.

Alors certes, de l’autre côté de l’Atlantique le gouvernement semble vouloir devenir expert en “faits alternatifs”. Mais outre The Signal, d’autres projets comme Our World in Data continuent et approfondissent le travail initié par Hans Rosling, et montrent que les tenants des faits non-alternatifs ne sont pas disposés à rendre les armes sans combattre. Car derrière l’accès aux sciences permis par la vulgarisation, il y a l’idée qu’un citoyen mieux informé est un citoyen capable de se forger librement son opinion, et donc de ne pas être soumis (souvent à son insu) à des intérêts particuliers qui seraient tentés de le manipuler. On l’oublie parfois un peu, mais que ce soit dans les sciences naturelles ou dans les sciences humaines et sociales, vulgariser est (aussi) un projet politique incroyablement noble d’émancipation des peuples3.

Outre l’incroyable prescience de sa démarche, Hans Rosling a aussi apporté des contributions majeures quant à la manière dont on vulgarise les statistiques, grâce à des techniques très visuelles qui permettent de donner l’intuition des échelles. Les humains peinent à se représenter les échelles cosmiques (comme l’année lumière ou l’âge de l’Univers), c’est aussi vrai pour les échelles de nombreux faits économiques, politiques et sociaux, qui dépassent et de très loin l’expérience de nos vies quotidiennes. L’exemple des pommes dans la vidéo intégrée plus haut en donne un petit aperçu, mais l’apport de son approche saute aux yeux avec cette vidéo qui relate l’évolution de la corrélation entre revenu par habitant et espérance de vie au cours des 200 ans dernières années. Ce ne sont pas des mots que j’utilise souvent, mais il y a dans cette vidéo une forme de génie. C’est une magistrale leçon de vulgarisation scientifique.

Lien direct vers la vidéo

Je pense qu’il faut un peu maîtriser l’anglais pour accéder et apprécier les contributions de Rosling. C’est à cet égard fort dommage que l’enseignement et la maîtrise de l’anglais soient si difficiles en France, car cela fait passer à côté de pépites de ce type. Si toutefois vous êtes un minimum à l’aise avec cette langue, voici une liste (non-exhaustive) de ressources pour découvrir son travail :

À titre personnel, je tiens à honorer la mémoire de Hans Rosling en redisant à quel point je suis l’un des (nombreux) héritiers de sa démarche. J’ai été peiné d’apprendre son décès, et j’adresse toute ma sympathie à ses proches, sa famille et à tous ceux qui, comme moi, ont été profondément touchés et inspirés par sa démarche. C’est par le biais de nos multiples projets que sa démarche fondatrice se perpétuera.

Hans, un immense merci pour votre enthousiasme et votre optimisme. L’idée qu’ils vous survivront est d’un grand réconfort.

  1. Pour celles et ceux qui ne lisent pas l’anglais, il explique que les médias ne se concentrent que sur une petite partie de la marche du monde, et en général celle où il y a des problèmes, rendant inaudibles les bonnes nouvelles.
  2. Ce qui est un comble pour cette dernière, compte tenu de l’énorme couverture médiatique dont elle bénéficie.
  3. Bien évidemment, la “vulgarisation” par des idéologues va à l’encontre de ce projet d’émancipation, puisqu’il s’agit au contraire d’une forme d’aliénation intellectuelle (d’autant plus perverse qu’elle se présente comme émancipatrice). L’économie est bien tristement fortement touchée par ce problème, mais d’autres sciences sociales sont également touchées.

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